2/28/2010

Du nomadisme



Bientôt une semaine que nous sommes à Bamako. Il y fait beau. Chaud. Alors l'on boit beaucoup d'eau. De lieux explorés jusqu'ici point trop. Nous papillonnons d'un foyer à l'autre, faisant du nomadisme notre ligne de conduite tantôt choisie, tantôt subie.

Après une nuit de repos consécutive à ce trajet semi-cauchemardesque en bus entre les capitales du Sénégal et du Mali, nous nous mettons en quête de la demeure de sieur Ali Nouhoum Diallo à qui nous devons remettre deux sacs de médicaments. Grâce à l'aide d'un autre Ali, chauffeur d'Olivier et Muriel chez qui nous avons passé la première nuit, nous gagnons le quartier récent d'ACI 2000 et demandons notre chemin en route. Nous voilà bientôt à bon port. Accueillis fort gentiment par Ali et sa femme Aminata. On discute, on se restaure. Ali nous relate avec le souci du détail ses études en France, puis son parcours politique au Mali. Qui l'a conduit à la présidence de l'Assemblée nationale Malienne dans les années 90 et ce jusqu'en 2002. Nous faisons la connaissance avec leur deux fils et leur nièce. Toujours quelque peu éreintés, nous ne faisons pas de vieux os.

Le lendemain matin d'un coup de taxi en route pour notre première véritable incursion dans la capitale. Cap sur le marché de l'artisanat. Là nous tombons nez à nez avec Muriel, notre première rencontre ici. Bamako est très petit. Nous parcourons les stands des artisans. Plus jolis les uns que les autres. Colliers, sacs de cuir, sculptures, masques, percussions... Après avoir légèrement résisté, nous craquons pour de jolies boites en cuir de chameau ciselé. Notre route encore longue, il faudra dorénavant savoir se limiter. Au retour chez Ali, nous tombons en arrêt devant le jardin d'à côté. Deux caméras, une chanteuse, deux danseuses et quelques enfants. Tournage d'un clip musical. Vite repérés, on invite les deux toubabous à se joindre au tournage. On nous présente Paye Camara, chanteuse Bambara traditionnelle. Elle nous demande de participer à son clip. En une poignée de secondes, nous sommes déjà en train de danser avec elle sous le feu des caméras. Peut-être une nouvelle carrière s'ouvre-t-elle?

Ali, qui ne peut guère se déplacer et aimerait nous faire visiter, a pensé nous confier à son ami Abdul Baki Cissé. Il vient nous chercher et nous embarque. D'abord surpris, on le suit. Entrepreneur dans le domaine de l'eau et homme politique dans le secteur de Koulikouro. Auguste géniteur de sept filles et deux garçons. Abdul nous emmène dans son secteur dans son pick-up dès le soir même. Difficile de réellement profiter du paysage puisqu'il fait nuit noire. On y rencontre quand même deux professeurs d'une institution qui vient de fêter ses 110 années d'existence. Je remarquerait l'un d'eux, avec sa grosse barbe blanche, dans les bonnes feuilles du journal du lendemain. Retour dans la maison d'Abdul. Si l'on peut appeler cela une maison. Il s'agit plus d'une sorte de château. Immense, assez vide pour tout dire, avec un domaine de 8 hectares autour. L'impression que l'on ressent dans cet endroit est curieuse. A vrai dire on se sent un peu perdus. Et l'envie de partir nous vient derechef à l'esprit. Tout en haut de la demeure se trouve une grande terrasse couverte d'où l'on peut observer les étoiles. C'est ici que l'on est sensés dormir. Avec toute la famille. Chacun son matelas rassurez-vous. Cette promiscuité indispose quelque peu notre sommeil et notre intimité. Après une petite demi-heure, nous nous retirons sur la pointe des pieds. Nous gagnons alors la petite chambre où nos sacs ont été entreposés.

En matinée, nous rendons visite à une amie de la famille, tante Karina. Qui a donné son prénom à une des filles de la famille Cissé. Karina est une Polonaise mariée à un Malien. Elle habite ici depuis 38 ans. Sage-femme, son mari Josué est médecin gynécologue. Mais comme il le dit en Afrique on a beau avoir une spécialisation, on fait toujours un peu de tout. Adorables, ils nous invitent à dormir chez eux le soir. Un peu égarés dans notre château, situé à plus de 20kms de Bamako, nous acceptons bien volontiers. En attendant, nous passerons la journée à ne rien faire. Coincés dans cette maison immense et vide. Juste quelques communications sur internet en attendant le soir venir. Débarqués chez ce couple Malien-Polonais, nous attendons la maitresse de maison partie accoucher en début de soirée. Discussion avec son mari qui nous relate comment il a atterri en Pologne pour faire ses études de médecine. Puis nous regardons Galles-France sur TV5 Monde. Joli spectacle. Un peu de sport, doux réconfort. La nuit arrive sur la pointe des pieds. Le sommeil nous gagne, il faut de tous ces transits se reposer.

Lendemain matin. Promenade au marché. Acheter un peu de viande et d'os pour le chien, des œufs, de la salade pour nous autres humains. La salade prendra un bain d'eau de Javel d'une demi heure avant d'atterrir dans nos estomacs. Il paraît que la journée est calme. Une foule plutôt compacte parsème pourtant les rues. Surtout beaucoup de deux roues. Mobylettes et scooters se frayent comme ils peuvent un passage au milieu de la circulation. Les taxis, en grève lors de notre arrivée, ont maintenant repris du service. Nous nous engouffrons dans de petites ruelles pleines d'échoppes. Quelques centaines de mètre plus loin, nous entrons dans un bâtiment couvert où se trouvent toutes les boucheries. Une forte odeur de viande se mêle à celle des hydrocarbures qui s'engouffrent dans le lieu. Ces halles de bouchers sont assez impressionnantes. Beaucoup de monde, le son des grandes lames qui débitent à tout va, l'odeur forte et tenace qui prend à la gorge.

Sur le chemin du retour, petit arrêt dans un magasin d'artisanat Malien. Tout y est si joli. Masques, portes Dogons, meubles, bogolans (bandelettes de tissus reliées et imprimées de pigments naturels), bijoux, sculptures. Superbe mais il faut se retenir car le bout du chemin reste encore loin. Bamako est une ville à l'activité foisonnante, souvent pleine d'embouteillages, l'air y est fortement pollué, l'odeur du pétrole y est persistante. Les commerçants y sont pour le moment charmants et peu insistants. La chaleur est une invitation à la lenteur, à l'oisiveté. Il faut alors savoir y résister. Ici l'on aime 'siester'. Les nomades que nous sommes ont maintenant tendance à se sédentariser.

2/24/2010

Plongée dans la réalité



T'as voulu voir Dakar et on a vu Dakar. T'as voulu voir Bamako, on est allés à Bamako. T'as voulu voir l'Mali et on a vu l'Mali. En l'absence d'une ligne de train entre Dakar et Bamako, il ne nous restait plus que l'option du bus. Notre accompagnateur à Dakar nous a conseillé de prendre le même que sa sœur qui se rendait également à Bamako. L'idée est rassurante et même s'il faut rajouter 5000 FCFA en plus des 25000 par personne pour le trajet, nous prenons donc nos billets. Sur la durée du trajet, les informations divergent. De 24h à 50h en fonction de l'optimisme du quidam. Pour la fiabilité, repassez.

Le départ est prévu dimanche soir à 22h. Rendez-vous à 20h30 au pied du grand stade de Dakar. Bagages en soute, nous disons au revoir aux gens que nous avons connu ici. Non sans un léger pincement. Sans doute reviendrons nous. Peut-être en mai, pour le festival de jazz de Saint-Louis. En attendant nous voilà dans le bus, on discute avec un jeune toubab qui parcourt l'Afrique de l'Ouest en long, en large et en travers. Les routes sont assez détériorées. Alors le bus zigzague sur la voie pour éviter les trous. Véritable slalom géant. La nuit arrive mais le sommeil nous fuit. Impossible de s'endormir dans cette position recroquevillée. Il faudra veiller et sur nos ressources vitales compter. Nous avions fait une réserve de 4,5 litres d'eau. Elle part bien vite en fumée. Il fait si chaud. Plus on s'éloigne de Dakar, plus la température monte.

Le lendemain matin, le car commence à perdre de l'eau. D'abord un peu. Puis de plus en plus. Un premier arrêt pour réparer. On repart et on s'arrête à nouveau une demi-heure plus tard dans un petit village de brousse. Là on ne le sait pas encore mais nous allons passer 7 heures dans ce lieu. On démonte le radiateur, on tente de le réparer. De notre côté, petite bataille Corse puis Ripkipkip entre toubabs. Après un peu plus de cinq heures, un autre bus arrive à notre rescousse. Gros ouf. Les gens de la 'compagnie' commencent à transférer nos bagages d'un bus à l'autre. Un peu prématuré. Ils ne se sont pas entendus sur le prix. Le ton monte. Les bagages sont ressortis. La négociation reprend. Les bagages sont remis. Quel gain de temps. Enfin, nous repartons pour de bon. Dans un bus d'une lenteur extraordinaire. On ne dépasse pas les 50 km/h. Bamako se rapproche, mais tout doucement. Les paysages sont assez désertiques. Quelques buissons, Baobabs et parfois de petits villages composés de cases traditionnelles. En route certains récoltent les fruits du Baobab avec lequel on fait l'excellent jus de Bouye. On le casse et on mange l'intérieur. Certains l'appellent l'Imodium Africain.

Ainsi passe la journée. Dans un bus surchauffé. Quelques pauses par-ci par-là. Un peu plus frustrantes à chaque fois. Les personnes mettent tant de temps pour remonter dans le bus. Le chauffeur fait d'ailleurs mine de repartir en en oubliant quelque-uns. Pour les bouger un peu il commence à rouler. Là le car entier crie de concert pour dire qu'il manque du monde. Le chauffeur s'arrête. Le ou les retardataires remontent... En soirée, nous arrivons à la frontière entre le Sénégal et le Mali. Il faut se plier aux formalités. Les autorités récoltent les passeports, partent les étudier, puis nous appellent un par un. Entre le Sénégal et les 30 premiers km du Mali, nous sommes arrêtés comme cela à trois reprises. Les gens du bus doivent d'ailleurs s'acquitter d'un bakchich au moment où on leur rend leurs papiers. Nous pas. C'est étrange. Je commence à ressentir les premiers signes de fièvre. La fatigue, la promiscuité avec tous les voyageurs, le manque de nourriture consistante. Pour tout dire, le trajet commence à s'apparenter à un voyage au bout de l'enfer pour moi.

Personne n'est capable de nous dire quand l'on va arriver. Ni où exactement le bus nous déposera à Bamako. On s'arme de patience et l'on se dit que l'on se reposera quelques jours à notre arrivée. Alors que nous approchons de Bamako, un dernier événement vient perturber notre avancée. Un scooter passe un peu trop prêt. L'accident ne peut être éviter. Une petite heure de discussion... Finalement, nous arrivons mardi vers les 10 h du matin. Après un périple de 36 h en bus. Nous avons changé deux fois de véhicule. L'affaire a été très rude. Nous sommes extrêmement fatigués après avoir dormi peut-être une heure ou deux en deux nuits. Les petits-enfants d'une patiente de mon père, expatriés ici depuis presque trois ans, nous accueillent fort gentiment. Je tousse, me mouche tout le temps, je suis brûlant. Le thermomètre confirme. 39,5 degrés. C'est à peu près aussi la température extérieure. La chaleur semble ici beaucoup plus étouffante qu'à Dakar. Nous voulions voir Bamako, nous y voilà.

2/20/2010

Yoff



Voilà une poignée de journées que nous avons pris nos quartiers à Yoff en bordure de Dakar. Petit village traditionnel de pêcheurs, les Lebou. Maîtres de l'Océan et de ses courants. Les vagues ici tutoient parfois les trois mètres. Avec cette chaleur, environ 30 degrés, l'on aimerait se baigner. Mais l'élément en impose et une certaine maîtrise il suppose. Ouzin, notre guide ici, rencontré par l'intermédiaire de Tapha notre tuteur et chauffeur de taxi, nous a dégotté une chambre à l'Académie des Arts Léopold Sedar Senghor. Ici se trouvent également les studios de Pentagone Productions. Production audiovisuelle, studio d'enregistrement, institut de formation en musique, danse, arts plastiques, stylisme, art dramatique, management culturel, technique audiovisuelle et photo. Un projet que son directeur Nöel Agossa a porté à bout de bras. Un homme charmant et déterminé, toujours entre mille projets.

Le temps ici s'écoule doucement. Bercé par le son de l'Océan. On découvre petit à petit le charme parfois frustrant du rendez-vous Sénégalais. Pour le 'je passe dans 5 minutes', compter une bonne demi-heure. Une rencontre dans une heure, prévoir aisément le double. Il convient de s'y adapter. Essayer de faire d'autres choses en attendant. Sachant que la ponctualité n'est jamais au rendez-vous. Mais ce n'est qu'un minime aspect de la vie ici. Les gens sont d'une bonté, d'une hospitalité et d'une curiosité sans borne. Quel bonheur profond de voir et d'entendre ces gens qui se saluent dans la rue. Vous interpellent et vous questionnent. Ici, on salue l'inconnu que l'on croise dans la rue. Comme cela se pratiquait dans des temps oubliés en Europe. Hier nous discutions avec le frère de Khady, la future femme d'Ouzin. Il nous narrait avec ironie comment à son arrivée en France il saluait les gens en ville. On le regardait alors comme quelqu'un ayant perdu tout sens de la raison.

Train ou pas train? Telle est la question. Depuis notre arrivée à Dakar, nous avons essayé de déterminer l'existence ou non d'un train pour le Mali. Pas une mince affaire. Une première approche de la gare de Dakar, place des Tirailleurs, nous donnait à penser que de train il n'y avait plus. Gare fermée, devant être transformée en musée. Loin de renoncer, nous demandons un peu partout où nous passons. A l'ambassade, l'on nous donne du 'j'espère bien qu'il y a des trains'. Paye ta fiabilité de l'information... Une lueur d'espoir rejaillit quand même. Du coup je demande à Noël qui m'a l'air d'une personne renseignée. Gentil comme tout, il appelle une amie à lui. D'après elle, des trains pour Bamako circulent bel et bien. Qu'à cela ne tienne, nous gagnons à nouveau la gare pour confirmer ses dires. Là nous pénétrons dans l'enceinte afin de demander directement aux personnes qui semblent s'occuper des wagons. Cruelle déception. De train il n'y a plus depuis presque un an à cause d'une tempête qui à causé des dommages sur la voie et les wagons. Nous aurons malgré tout la chance de faire la visite du train express qui va à Thiès. Avec explications du patron et de l'ingénieur Indien. Échange délicieux avec ses messieurs. Avec l'indien nous troquons même une pièce polonaise contre une devise de sa contrée. Nous avancerons même de quelques mètres sur la voie car le train est en réfection. En sortant de celui-ci, nous croisons des hommes qui se battent pour la sauvegarde de la gare. Supportés par Sud-rail en France, qui leur a fourni un support logistique (tracts, banderoles), ils espèrent pouvoir continuer à la faire vivre. Espérons que le gouvernement les entendra.

Hier après-midi, visite de l'île de Ngor avec Khady et son petit. Traversée mouvementée en pirogue. Amerrissage sur ce petit bout de terre paradisiaque. Toure Kounda et France Gall y ont élu domicile. C'est pour dire. On fait un petit tour, s'arrête à une galerie de peintures, puis sur la plage pour boire un verre. Pendant que nous sirotons notre Coca, le fils de Khady tombe sa chemise et pars à la pêche aux oursins. Fructueuse. Le repas du soir sera agrémenté de ses succulents mets. Il faut s'en retourner car Ouzin et son ami Aliou donnent un petit concert à l'Hôtel Via Via. A deux pas de chez nous. Là le contraste est saisissant. D'un côté le groupe Yakaar qui distille plusieurs morceaux sublimes, tantôt calmes, tantôt plus rythmés. De l'autre, quatre Toubabs (blancs) littéralement scotchés à leur ordinateur alors que sonne l'heure des chanteurs. Ils n'entendent même pas la mélodie. A peine lancent ils un regard blasé de temps à autre. Quelle tristesse. On applaudit pour deux.

Quelques morceaux plus loin, il faut partir pour la seconde partie de soirée. Concert au restaurant Le Taureau plus près de Dakar. Taxi, transfert, set up et c'est parti. Enfin presque. Le micro tousse un peu. Il ne répondra plus. Aliou devra forcer un peu plus sa jolie voix. Pas de bol, il est enrhumé ce soir. Les musiques s'enchainent et le public s'emballe. L'attention et le succès sont ici au rendez-vous. Ils joueront de 21h environ à presque 1h du matin. Magnifique soirée. Avec de délicieuses petites brochettes de viande marinée pour l'estomac combler. Il est tard, il faut rentrer, un petit taxi et la nuit pourra commencer.

2/18/2010

Rigueur, compétence, discipline



La formule pourrait sonner comme une devise nationale. Elle est écrite sur une pancarte accrochée à l'arrière du taxi brousse qui nous devance. Au premier coup d'œil sa véracité reste à vérifier. Porte arrière entrouverte, trois types bien cramponnés, le nez dedans, le corps dehors. Suspendus au dessus du vide par une petite plateforme de fortune en guise d'extension ultime avec vue sur le goudron.

Rigueur. Pourquoi ne pas monter dans un vieux bahut rafistolé de partout? Un qui a sans doute vu les bouleversements du siècle passé. Que la rouille ronge par petits bouts. Camouflée par des couches de peinture comme s'il en pleuvait. Un taxi brousse pas beaucoup plus spacieux qu'un minibus et qui pourtant embarque jusqu'à quarante personnes. Des rangées de deux de part et d'autres et au milieu des strapontins pour faire l'appoint. Pourquoi ne pas partir pour l'aventure? Pour lever les voiles il lui faudra patienter jusqu'à ce que la bête soit rassasiée. Pas de perte de place. Ainsi va l'économie. L'ergonomie aussi. Bien calé contre son voisin, l'on voyage plus serein. Il s'agit donc de respecter une certaine rigueur afin de se mouvoir grâce au bel engin. On ne sait quand on part, on peut à la rigueur tenter de deviner l'heure d'arrivée. Pas gagné. 40 km pour le trajet d'aujourd'hui par exemple. Soyons pessimiste, une heure devrait faire l'affaire. Mais le pessimisme Européen a vite fait de se transformer en optimisme Africain. Un peu plus de deux heures pour couvrir la distance.

Compétence. Pratiquer les routes Africaines dans de tels bolides nécessite un pilotage pour le moins savant. Les conducteurs de taxi brousse se révèlent de grands pilotes. Précis, patients, avec un sens de l'anticipation aigu. Car les embûches sont multiples tout au long du périple. La route pour commencer. Bien sûr quelques petites parties sont lisses et goudronnées. Là on rigole et on fonce. Mais la grande majorité des voies sont recouvertes de nids de poules et autres embarras. Petits, moyens ou gros trous, il n'y a qu'à choisir. Les chauffeurs pratiquent ici avec grande compétence l'art divin de l'esquive. Mais si un trou peut en cacher un autre, les trous ne sont pas seuls à boucher les perspectives. D'autres véhicules pour commencer. Camion de marchandise, voitures, 4X4, scooters. Et enfin quelques attelages tirés par des chevaux viennent parachever le tableau. Parfois de route il n'y a pas. Une piste cabossée, chahutée s'ouvre alors. Le rythme doit nécessairement baisser et le taxi en serpent des sables se muer.

Discipline. Elle est nécessaire. Tout au long de cette grande aventure qu'est le trajet en taxi brousse. Faire plus ou moins la queue pour y entrer. Déterminer le moment propice si l'on ne veut point poireauter. Discipline encore au moment de pénétrer dans l'engin. Bien prendre sa place. Pas n'importe où. Le taxi se remplit de la proue à la queue. Parfois il convient d'enjamber son voisin afin de gagner un petit espace qui se serait laissé oublier. Pour sortir aussi. Si par chance vous êtes sur le strapontin, il vous faudra sans doute lever votre popotin. Pour que ton voisin puisse sortir à l'arrêt de sa convenance. Ne cherchez par les abris-bus le long des voies. Il n'y en a pas. Pour descendre, l'on frappe plusieurs coup sur la tôle du véhicule. Quelqu'un fait le même signe pour dire qu'il peut repartir. Discipline enfin pour s'acquitter du montant du trajet. Pas vraiment de prix fixe. Il faut s'entendre avec le contrôleur placé au cul du bahut. On ne paye qu'une fois en route. Répondre à l'appel. L'homme interpelle les uns après les autres. L'argent circule de main en main. La monnaie parfois revient.

Rigueur, compétence, discipline. Une fois ces trois notions bien intégrées dans l'esprit du routard aguerri, le voyage s'ouvre à lui et lui sourit. Typique, immergé dans la vie quotidienne, ponctué d'instants magiques qui abreuvent ses veines.

2/16/2010

Cap Ouest




Départ pour Dakar. Sans sommeil. Nuit difficile. A cause d'une angine carabinée. Fièvre et infection buccale. Difficulté d'avaler quoi que ce soit. Boire, respirer ou manger sont un petit supplice. Espérons que l'Hôtel nous aura envoyé quelqu'un nous chercher à l'aéroport de Dakar. Sinon ça risque d'être un peu rock'n roll. En attendant j'ai envie de fumer. Mais je ne peux pas.

Complètement à l'Ouest, entre la fièvre et le manque de sommeil. Comme dans un mauvais film. La sensation n'est guère agréable. Le petit hôtel qui donne directement sur la plage de Yoff où normalement nous nous rendons devrait nous reposer. Un ou deux jours à souffler, à se soigner, à manger des légumes et des fruits. C'est devenu une nécessité. Jusqu'à ici notre régime principal s'est partagé entre paninis, sandwichs Kefta, Pizzas et hamburgers. Bon marché mais pas forcément magnifique pour le transit. Il est temps de se nourrir correctement, quitte à cuisiner si l'on en a la possibilité.

Attente dans l'aéroport de Casa. Semblable à n'importe quelle attente. A la douane, le contrôleur me regarde d'un sourire enjôleur. Il me demande si c'est la première fois que je viens au Maroc. Je lui dis que oui. Il fait ses recherches et me sort 'c'est la troisième fois au Maroc Gabriel'. Je persiste et signe. Il s'incline. Curieux type. Nous montons dans un avion énorme. Premiers échanges avec notre voisin Papa Amadou Faye. Assureur de son état. En provenance du Canada. Il nous explique que nous sommes dans un avion qui 'ramasse' des gens d'un peu partout en Europe. L'engin est énorme. Il a l'air plutôt rassurant. Nous discutons par bribes le long du voyage. L'homme nous parle de son Sénégal, cette terre de la Teranga, où l'hospitalité n'est pas un vain mot. Descente sur Dakar. Premiers pas en Afrique de l'Ouest. L'émotion est grande mais la fatigue l'est aussi. Il est presque minuit.

Encore une petite fiche de renseignement et le Sénégal s'ouvre à nous. On sort dans la nuit, un peu égarés. Dix mille taximen nous proposent leur service. Essayons de leur expliquer que l'hôtel nous en a envoyé un. Où est-il d'ailleurs? Impossible de le localiser. Tentative de retrait d'argent au guichet. Hors service. Tout va pour le mieux. Finalement un grand panneau avec notre nom sonne comme la promesse d'une douce nuit de sommeil. Merveille. Cap sur l'hôtel. Dodo.

Réveil au son de l'Océan. Plage de Yoff. Petit déjeuner paradisiaque face aux vagues musclées d'une mer enragée. Le bleu vert de l'eau est à mettre en tartine. Doux mélange avec la confiture d'abricot. Bien retapés, nous voilà parés pour la première journée au cœur de l'Afrique de l'Ouest. On pense d'abord à se dégourdir les gambettes. De plus nous n'avons pas d'argent. Ce n'est pas un souci. Mustapha, chauffeur de taxi, nous emmène où l'on veut. Tournée des banques. Puis des hôtels pour les nuits suivantes. Invités à aller chez lui voir sa famille et où il vit. Nous faisons même connaissance avec ses quelques chèvres. Puis retour à la plage, où ses potes ont une petite cabane. Ici les cigognes Marocaines ont fait place aux rapaces. Ils tournoient au dessus de la ville. Préparation du thé traditionnel. Thé noir bien fort et sucré. Pourquoi sont-ils allé chercher la recette du Redbull? Tout était là.

Mustapha nous fait faire le tour de Dakar. Nous montre les îles de Ngor et de Gorée, les camps militaires Français, la radio de Youssou N'dour, un village de pêcheur, la statue colossale de la renaissance de l'Afrique, qui surplombe l'Océan sur l'une des deux collines que l'on nomme les Mamelles. Le Palais Présidentiel, le Théâtre National de Daniel Sorano, la radio Sénégalaise. On tente d'aller à la gare pour avoir des renseignements sur un train Dakar Bamako. Elle semble un brin désaffectée et surtout très fermée. Normal elle est en attente de devenir un musée. Elle est fermée depuis plus d'un an. Plus de train donc. Il faudra prendre le bus. Qu'à cela ne tienne.

Avec Mustapha on déguste un Tiebou dien, plat national de riz au poisson agrémenté de légumes. Un délice. Succulent. Que d'images et de sensations différentes dans l'esprit. Pleins d'odeurs aussi. La vie fourmille ici. Les gens sont vraiment très accueillants. Ils ont l'air fondamentalement gentils. Etonnants aussi. En bord de mer vers 18h, une foule compacte vient pour 'le sport'. Ces jeunes en grand nombre courent, sautent, rampent, font des pompes. Suent à grosse gouttes. Ils s'entraînent pour la lutte, nouveau sport national qui dépasserait même le football selon notre guide. Motivés ils le sont, on ne saurait en douter.
Après cette journée si magnifiquement occupée, retour à l'hôtel. Petit repos puis dîner. Poulet Yassa et Thiou. Merveille des papilles. De si beaux rêves nous attendent. Plus qu'à poster ces quelques nouvelles et à tomber à la renverse. Si ce n'est pas déjà fait.